Dans les faubourgs de Phnom Penh
À quelques kilomètres de la capitale cambodgienne, les bidonvilles grossissent. Sous la tôle, les enfants. Premières victimes de la pauvreté, ils luttent pour poursuivre […]
Selon l’UNESCO, près de 272 millions d’enfants et jeunes ne sont pas allés à l’école en 2023, dont 133 millions de filles. Bien que les raisons soient multiples et souvent liées entre elles, les facteurs principaux qui empêchent les filles d’accéder à une éducation sont : la pauvreté, les rôles assignés aux hommes et aux femmes, les traditions, les mariages précoces, le travail forcé et domestique, la traite des êtres humains et l’hygiène.
La pauvreté et ses multiples facettes sont la principale raison pour laquelle les filles ne reçoivent pas d’éducation formelle.
Selon les données récentes du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), une part importante de la population d’Asie du Sud-Est vit encore dans une situation de grande pauvreté. 16,6 % des cambodgiens, 18,3 % des laotiens et 49,7 % des birmans ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins fondamentaux.
Cette précarité a un impact direct sur l’éducation. Dans de nombreuses familles dont celles qui sont soutenues par Enfants du Mékong, envoyer un enfant à l’école reste un luxe. Au Cambodge par exemple, les cours dispensés en classe ne suffisent généralement pas pour terminer la scolarité. Les enseignants, en raison de salaires très faibles, proposent la majorité de leurs leçons sous la forme de cours privés payants après l’école. Pour réussir un examen, suivre ces cours est devenu quasiment incontournable — ce qui exclut les enfants des familles les plus pauvres.

Dans les pays d’Asie du Sud-est où Enfants du Mékong est présent, les rôles traditionnellement attribués aux hommes et aux femmes limitent fortement l’accès des jeunes filles à l’éducation. Les hommes sont considérés comme les principaux soutiens financiers du foyer, tandis que les femmes s’occupent de la maison et des enfants.
Dans ce contexte, l’éducation est souvent perçue comme un investissement réservé aux garçons, appelés à entrer sur le marché du travail et à assurer le revenu futur de la famille. Ainsi, les filles sont régulièrement laissées de côté : leur scolarité est jugée moins utile, moins prioritaire pour leur avenir. L’école est alors dévalorisée pour elles, ce qui perpétue les inégalités d’accès à l’éducation. Cette répartition des rôles rend les familles particulièrement vulnérables : en cas de blessure, de décès ou d’abandon du mari, la mère se retrouve sans ressources.

Le mariage précoce est un facteur majeur qui limite l’accès des jeunes femmes à l’éducation en Asie du Sud-Est. Dans plusieurs groupes ethniques, il reste une pratique traditionnelle. Pour certaines familles, il peut aussi représenter l’espoir d’offrir à leur fille un avenir plus stable. Mais dans la plupart des cas, le mariage précoce est étroitement lié à la pauvreté.
Pour les familles pauvres, marier une fille peut être une stratégique économiquement. Le coût de l’éducation est élevé, et le mariage réduit cette charge. Dans certains pays, comme le Vietnam, le versement d’une dot reste courant. Le mariage peut aussi servir à régler des dettes ou des conflits financiers. Ces mécanismes créent une incitation économique forte pour les parents les plus vulnérables à marier leurs filles tôt, plutôt qu’à financer leur scolarité.
Une fois qu’elles sont mariées, les jeunes femmes sont censées s’occuper de leurs foyers. Même lorsqu’elles étaient inscrites à l’école avant leur mariage, il y a de grandes chances qu’elles mettent fin à leurs études. Le mariage précoce est aussi fréquemment associé à une grossesse précoce. Or, très rares sont les filles qui continuent leurs études pendant ou après leur grossesse.
Le mariage précoce concerne une proportion importante de filles en Asie du Sud-Est. Selon un rapport de l’UNICEF, au sein des pays où Enfants du Mékong est déployé, entre 11% (au Vietnam) et 35,4% (au Laos) des filles sont mariées avant d’atteindre 18 ans. Alors que la moyenne mondiale des naissances chez les adolescentes est de 50 pour 1000 femmes âgées de 15 à 19 ans, elle atteint 94 au Laos et 57 au Cambodge.
La traite des êtres humains et l’exploitation sexuelle touchent de manière disproportionnée les jeunes filles en Asie du Sud-Est. Selon le Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), les femmes et les filles représentaient 61 % des victimes détectées de ces trafics en 2022. Parmi les victimes totales, 39 % sont des femmes et 22% des filles.

En Asie du Sud-est, la vulnérabilité financière des familles est souvent utilisée par les trafiquants pour convaincre, tromper ou contraindre les parents à leur confier leurs enfants, en promettant par exemple des emplois fictifs aux enfants. D’autres enfants sont mis dans la traite par le biais de la servitude pour dettes, une pratique consistant à envoyer les enfants travailler pour le créancier afin de rembourser la dette de la famille.
Quelle qu’en soit la cause, un nombre important de filles sont arrachées à la vie normale qu’elles devraient mener pour entrer dans le monde de la traite des êtres humains. De nombreuses villes d’Asie restent tristement célèbres pour leur tourisme sexuel et perpétuent la demande de trafic d’êtres humains. La majorité du travail forcé en Asie du Sud-Est est classée dans la catégorie de l’exploitation sexuelle. Une fois que les victimes sont confiées à leurs trafiquants, leur vie est réduite à des mauvais traitements et à des abus.
Au Cambodge, au Laos, en Birmanie, aux Philippines, en Thaïlande et au Vietnam, les jeunes filles sont encore affectées par de nombreux obstacles qui les empêchent de remplir les salles de classe. En parrainant une fille parrainage, vous lui offrirez la possibilité d’accéder à une école. Votre don mensuel de 32€ par mois (8€ après déduction fiscale) finance les fournitures scolaires, les uniformes, les transports… en fonction du pays et des besoins ! C’est aussi un soutien moral grâce à un échange de 2 à 3 lettres par an.
Le travail des enfants, et en particulier le travail domestique pour les filles, constitue un obstacle important à l’éducation. Une enquête nationale sur le travail des enfants a montré qu’au Vietnam, plus d’un million d’enfants âgés de 5 à 17 ans sont engagés dans une forme de travail.
Bien que les garçons soient plus nombreux que les filles dans le travail économiquement actif, les filles sont nettement surreprésentées dans le travail domestique, qui représente une part importante du travail effectué par les enfants. Elles soutiennent leur famille en participant aux tâches ménagères et en assistant leur mère, mais ces activités empiètent souvent sur leur scolarité.
De nombreux parents considèrent également que ces travaux domestiques préparent mieux les filles à leur vie future. Il est courant d’attendre des jeunes filles qu’elles cherchent un emploi à l’extérieur et renoncent à l’éducation formelle pour améliorer le revenu du foyer. Les familles plus aisées emploient fréquemment des enfants issus de milieux pauvres pour effectuer des tâches domestiques.
Les chiffres présentés dans le rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur le travail domestique des enfants en Asie du Sud-Est montrent que la grande majorité des enfants employés de maison sont des filles : 97,7 % à Hanoi, 87 % à Ho Chi Minh-Ville, 77,4 % à Bangkok, 82,2 % aux Philippines et 58,6 % à Phnom Penh.
Cette situation a un impact direct sur la scolarité. Selon le même rapport, 67,7 % des jeunes hommes employés de maison peuvent encore fréquenter l’école, tandis que ce taux tombe à 46,6 % pour les jeunes femmes. Le travail domestique à plein temps empêche donc une grande partie des filles de rester scolarisées.
La nouvelle exposition photographique de l’association Enfants du Mékong illustrent le bras de fer de beaucoup d’enfants en Asie. D’un côté, l’enfant au travail, une nécessité imposée par la pauvreté et la nécessité de survivre ; de l’autre, l’enfant à l’école, promesse d’un avenir meilleur…
L’hygiène, ou son absence, entrave également l’éducation des jeunes femmes. L’accès à des installations propres, privées, sûres et séparées est d’une importance cruciale, en particulier pendant les menstruations. L’absence d’installations sanitaires adéquates est fortement liée à l’absentéisme chez les étudiantes.
En outre, la stigmatisation qui entoure les règles, source de honte pour les jeunes femmes, a un impact supplémentaire sur leur fréquentation scolaire. Dans la région du Mékong, la plupart des écoles ne disposent pas de toilettes adéquates offrant aux filles le confort dont elles ont besoin pour gérer leur cycle menstruel. Aux Philippines et au Cambodge, seules 39 % des écoles disposent de toilettes correctes. Voilà pourquoi Enfants du Mékong finance de nombreuses constructions de blocs sanitaires et de toilettes.

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