Sœur Marie-Catherine, une vie pour le Laos
Membre de l’ordre des Sœurs de la Charité, sœur Marie-Catherine a connu René Péchard à l’époque où il n’était qu’un simple dentiste de la capitale laotienne et qu’Enfants du Mékong n’existait pas encore. Quand il ouvrit un foyer destiné aux jeunes filles, c’est à sœur Marie-Catherine qu’il confia l’établissement. Bien des années plus tard, elle racontera aux nombreux volontaires venus la soutenir dans ses différentes missions (y compris celle de l’école des sourds-muets de Luang Prabang qu’elle créa), que le fondateur d’Enfants du Mékong lui avait confié avant son départ précipité du Laos, une malle qu’il n’était jamais venu rechercher et qu’elle n’avait jamais ouverte…
« La malle contenait peut-être un trésor », disait en riant la religieuse. Sœur Marie-Catherine était une conteuse et une gardienne exceptionnelle. Elle a soutenu des centaines de jeunes filles qu’elle considérait comme ses propres filles. C’est peut-être cette richesse qui était son plus grand trésor et qu’elle a si bien défendue contre tous les aléas de la vie d’un pays dont elle a traversé tous les bouleversements modernes !
Une vocation précoce
Née le 3 juillet 1930 dans le village de Wanhoua, dans la province Quang Tri au Vietnam, sœur Marie-Catherine ou sœur Youngmali était la troisième d’une famille de sept enfants (deux garçons et cinq filles). D’origine vietnamienne, elle arrive très jeune au Laos. Elle entre dans les ordres en 1949. Puis, elle rejoint la première congrégation religieuse des Sœurs de la Charité. À partir de ce moment-là, elle se déplace dans les différentes provinces pour ses missions successives. En effet, dans l’ordre des Sœurs de la Charité, les religieuses sont invitées à changer de lieu de mission tous les sept ans. Décédée à l’âge de 92 ans, à la maison de retraite de sœur Metachit au village de Packsimen à Thakek, sœur Marie-Catherine aura consacré les 73 ans de sa vie religieuse à aider les autres, donnant tout son sens au nom de l’ordre qu’elle avait choisi à 19 ans.
Sœur Marie-Catherine commence son apostolat à Thakek en 1953, puis à Savannakhet. De retour à Vientiane, elle occupe un poste d’enseignante en primaire dans une école à côté de l’église. C’est après cette riche expérience dans le milieu scolaire qu’elle part en France pour étudier. Elle arrive à Paris pour apprendre le français, avant de continuer ses études à l’école ménagère de la Roche-sur-Foron. Studieuse et appliquée, elle enseigne un an en France avant de s’envoler de nouveau pour le Laos, sa terre de mission et d’adoption. Là-bas, elle prend un poste d’enseignante, d’abord à Vientiane, puis à Xeingkhouang. Des ennuis de santé l’obligent à prendre un peu de distance, mais son tempérament, que de nombreux volontaires ont expérimenté, est à la fois son plus grand défaut et sa plus grande qualité. C’est ce feu intérieur que tous les bâtisseurs connaissent qui la ramène sur le terrain.
Dans chacun de ses nouveaux projets, la religieuse a à cœur d’offrir aux plus démunis (et en particulier aux jeunes filles) les clefs de leur autonomie.
Une fondatrice…
À partir de ce moment, en 1968, sœur Marie-Catherine fonde sa première école. Des jeunes filles y apprennent le tissage traditionnel, à Thakek. Dès lors, le principe directeur de sa vie est trouvé. Dans chacun de ses nouveaux projets, la religieuse a à cœur d’offrir aux plus démunis (et en particulier aux jeunes filles) les clefs de leur autonomie. Elle met à profit ce qu’elle a appris dans son école ménagère en France et fonde en 1971 une autre école de tissage Daohaloune à Savannakhet, doublée d’un foyer pour les adolescents et les jeunes. En 1991, elle inaugure une école ménagère au village de Saladeng à Vientiane ainsi et qu’un centre pour la promotion des jeunes. Suivront d’autres écoles ménagères à Thakek et à Savannakhet.
Soeur Marie-Catherine et René Pechard
Soeur Bounmy m’a confié qu’elle et sœur Marie-Catherine connaissaient très bien René Pechard, fondateur de l’association Enfants du Mékong (1977). C’était leur dentiste. Elle l’a décrit comme un homme admirable : lorsqu’il exerçait à Vientiane, il a recueilli deux enfants qui vivaient dans la rue et a sauvé de nombreux jeunes métis pendant la guerre (1975-1977) en les évacuant vers la France. En créant son association, il avait pour but d’aider un grand nombre d’enfants à accéder à l’instruction. Cette rencontre entre sœur Marie-Catherine et René Péchard a été le point de départ de leur collaboration pour valoriser l’instruction et la transmission de savoir-faire.
Une école d'un nouveau genre
Entre 2005 et 2015, sœur Marie-Catherine s’attèle à un autre projet, moderne et d’une générosité folle, dont les fruits dépasseront tout ce qu’elle imaginait au départ. La religieuse prépare puis ouvre en 2008, une école d’un genre nouveau au Laos, qui accueille les enfants sourds et muets. À l’époque, il n’existe qu’une seule école de ce type dans tout le pays, à Vientiane, la capitale. Dans le village de Phoumock près de Luang Prabang, l’école accueille ses premiers élèves en novembre 2008. C’est un succès immédiat tant les besoins sont grands. Cinq ans après l’ouverture de l’école, la religieuse dévouée à ces enfants dont personne ne veut à cause de leur réputation de mauvais karma, lance un projet de foyer pour accueillir en pension complète les jeunes filles et les former à des métiers C’est le Centre de la Promotion de la Femme. C’est dans ce Centre que la jeune Phout, l’une des héroïnes du film documentaire GRANDIR, tourné lors des 60 ans de l’association Enfants du Mékong, fait son apprentissage.
Mais en 2015, Sœur Marie-Catherine a 85 ans et commence à montrer des signes de faiblesse. Sa vie d’éducatrice ne l’a pas ménagée. Elle doit renoncer à cette mission à la suite de problèmes de santé. Après avoir vécu un an à Vientiane pour se faire soigner, elle part en maison de retraite à Thakek. C’est là qu’elle s’est éteinte paisiblement.
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