L’armée conserve en Birmanie un pouvoir immense

 

Nicolas : « Avec vous ce matin, nous parlons de l’évènement qui a marqué l’Asie cette semaine. Je parle bien évidemment du coup d’Etat en Birmanie. »

Antoine Besson : « Oui Nicolas, c’est une triste nouvelle. Malgré les efforts incessants pour la paix mené ces 5 dernières années par un gouvernement démocratiquement élu, la Birmanie est de nouveau dirigée par un ancien militaire qui gouverne avec l’appui de l’armée et ce depuis lundi matin 1er février.

Alors que s’est-il passé ?

C’est un coup d’Etat. Depuis 10 ans maintenant, l’armée a organisé la transition démocratique de la Birmanie mettant ainsi fin en 2011 à une succession de régimes autoritaires de près d’un demi-siècle. Mais si des élections ont bien lieu dans le pays et si un gouvernement élu est en charge de la majeure partie des affaires courantes depuis 2015, l’armée conserve en Birmanie un pouvoir immense grâce à une constitution votée en 2008 qui lui accorde d’office un quart des sièges du parlement et 5 ministères clefs. Il y avait donc bien 2 gouvernements en Birmanie ces 5 dernières années dont les intérêts ne sont pas concordants, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est d’ailleurs pour protéger cette constitution que l’armé à renverser le pouvoir suite aux élections législatives de novembre dernier. Je vous en parlais ici même, la victoire du partie d’Aung San Suu Kyi a été écrasante : plus de 80% des sièges des 2 chambres. Une victoire historique, plus importante encore que celle de 2015 qui menaçait directement les intérêts de l’armée en donnant la possibilité de réelle réformes constitutionnelles ce qui n’avait encore jamais été possible jusqu’ici. Dénonçant des fraudes électorales, l’armée a donc préféré reprendre la main en arrêtant le gouvernement le jour de l’installation du nouveau parlement et en réclamant de nouvelles élections législatives.

Les enfants sont responsabilisés très tôt en Birmanie. credit Antoine Besson

A quoi faut-il donc maintenant s’attendre ?

Rien n’est sûr et il est impossible de prédire l’avenir en de telles circonstances. On peut cependant supposer que ce retournement politique ne sera pas sans conséquences notamment pour les nombreuses ethnies minoritaires en conflit ouvert avec l’armée depuis de nombreuses années et qui avaient trouvées des interlocuteurs lors des conférences pour la paix du gouvernement d’Aung San Suu Kyi. Je ne pense pas tant aux Rohyngias (persécutés par l’armée depuis de nombreuses années) qu’aux Kachin, aux Shan ou aux Karen. Ajoutons également que le soutien de l’Occident aux alternatives démocratiques est essentiel aujourd’hui plus que jamais. L’armée n’aurait peut-être pas aussi facilement renversé le pouvoir si Aung San Suu Kyi n’avait pas autant été décrédibilisée en Occident. Plusieurs personnes gardent espoirs, dont le Cardinal Charles Maung Bo, évêque de Rangoun, et se battent pour le dialogue et pour qu’une sortie de crise « par le haut » soient encore possible !

Cette crise aura-t-elle un impact sur l’action d’Enfants du Mékong en Birmanie ?

C’est évident. Notre devoir est de servir en premier lieux les enfants pauvres et souffrants qu’une telle situation politique ne pourra que rendre encore plus nombreux. Entre 2011 et 2021, la réalité du terrain s’est imposée à nous : nous sommes passés de 300 à 3 000 filleuls soutenus en Birmanie sans compter les nombreux projets de développement réalisés. Cela n’a été possible que grâce à de nombreux relais locaux, nos responsables de programmes, que nous soutenons sans relâche depuis le début de la crise du COVID qui nous a contraint à retirer nos volontaires du pays. Nous leur resterons fidèles quoiqu’il arrive et seront présents à leur coté pour promouvoir la paix et l’éducation en Birmanie.

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