Ancien filleul cambodgien, Borann travaille maintenant pour Enfants du Mékong

« Quand j’aurai assez d’expériences, je rentrerai chez moi au Cambodge pour aider au développement de mon pays. A mon avis, rien n’est trop tard. La chose la plus importante est de nous orienter vers le bon chemin et il faut développer ses vraies compétences pour atteindre son objectif ! »

A l’occasion du nouvel an khmer, Borann a accepté de témoigner. Depuis Janvier 2021, ce jeune cambodgien effectue son alternance en ingénieur informatique au siège d’Enfants du Mékong.

« Je m’appelle Borann, j’ai 28 ans et je suis cambodgien. Je suis né dans une famille chaleureuse dans un petit village à côté de la frontière thaïlandaise, dans la province de Banteay Mean Chey (ខេត្តបន្ទាយមានជ័យ) pour être précis. Je viens d’une famille de 6 enfants extrêmement pauvre. Malgré ça, mes parents ont toujours souhaité que nous allions à l’école. Je les qualifie d’ « héroïques » car ils se sacrifient pour nous. Finalement, il n’y que moi qui ai pu me rendre à l’école supérieure… J’ai alors tout fait pour y arriver car je me suis dit que seule l’éducation pourrait m’aider à sortir de la pauvreté, moi, puis ma famille ! Comme il n’y avait pas de collège près de chez mes parents, j’ai dû partir de la maison à 11 ans (après mon école primaire) pour pouvoir continuer mes études, âge auquel la plupart des enfants de mon village ont dû arrêter l’école. J’ai pu être hébergé par ma tante et ma grand-mère pendant presque 10 ans. Elles sont maintenant parties loin, très loin : je crois qu’elles vivent tranquillement au paradis…! Actuellement, mes parents cultivent le riz dans notre village. Je leur envoie de l’argent dès que je peux : cela leur permet de pouvoir payer la nourriture, les factures et d’autres choses. Mes deux sœurs travaillent avec leurs maris en Thaïlande comme ouvrières dans la construction et mes deux frères cultivent aussi le riz dans la même province que mes parents. Un autre frère travaille comme chef de cuisinier dans un petit restaurant à Siem Reap, la province de temple d’Angkor Wat. Tout le monde est marié : je suis l’heureux oncles de 9 neveux et nièces !

J’ai entendu parler d’EdM quand j’étais au collège, à 17 ans. J’avais une tante veuve très pauvre qui avait été parrainée par EdM (Enfants du Mékong) !  A ce moment là, je suis allé en vélo au centre de Sisophon pour demander des informations.  Après avoir passé un examen d’entrée pour bénéficier de cours supplémentaires, j’ai finalement été sélectionné comme un étudiant externe (c’est-à-dire pouvoir suivre des cours au Centre EdM, pas de parrainage pour l’instant).

Je suis officiellement devenu un filleul EdM en 2013. Je suis tombé sur une dame incroyable, très généreuse et gentille qui m’a parrainé pendant 5 ans. Ma fabuleuse marraine, qui s’appelle Anne, est quelqu’un de sympathique, souriante, sociable, bienveillante, indépendante et ouverte. Elle fait toujours rire les gens autour d’elle ! Nous nous écrivions environ un courrier par trimestre.  Etant une femme très occupée, j’ai eu beaucoup de chance car elle a toujours pris le temps de répondre à chacune de mes lettres.  En tant que filleul, je peux vous assurer que l’on veut toujours avoir des nouvelles de notre parrain ou de notre marraine !

Pour moi, être parrainé, c’est être aidé financièrement et moralement. Pendant mes 5 années de parrainage avec EdM, au Centre Christophe Mérieux de Phnom Penh, nous avons été chouchoutés avec les autres étudiants parrainés. EdM s’est bien occupé de nous en nous offrant la nourriture, le transport (vélo avec un casque), un suivi médical, des formations personnelles (philosophie, leadership…) et professionnelles (orientation professionnelle, coaching…). J’étais très content et fier d’être filleul EdM !

Borann, devant son université
Borann, devant le parc du Luxembourg à Paris

 

Borann au Cambodge
Borann à Marseille

Ma marraine m’a souvent dit être très fière de moi, de mon parcours et de tout ce que j’ai pu surmonter au Cambodge. Elle a dit que je m’adaptais vite. Je suis arrivé ensuite en France et j’ai rencontré des personnes super. Je suis tombé sur un monsieur très sympa et une dame très gentille (mes propriétaires) qui m’ont hébergé généreusement pendant les 1er et 2eme confinements en France. Quel destin ! Depuis que je suis en France, j’ai pu voir plusieurs fois ma marraine et nous avons un lien très fort.

Je fais maintenant une alternance en tant qu’ingénieur informatique (Admin Saleforce) chez Enfants du Mékong à Asnières-sur-Seine, en France, pour suivre mes études en transformation digitale et expert en Système d’Information dans une école privée, The Nuum Factory, à Lyon. 

Pour définir l’ambiance du siège à Asnières, je dirais tout simplement : « C’est parfait au siège d’EdM ! ». J’ai une chance inouïe de faire partie de cette équipe. Tous mes collègues sont sympas, bienveillants, souriants et ouverts. Ils me mettent à l’aise pour travailler et échanger avec eux. C’est bel et bien magnifique comme l’ambiance de travail ici. Cela fait 2 mois que je suis au siège et je me sens déjà comme chez moi ! Je ferai de mon mieux pour apporter une valeur dans cette magnifique ONG.

Plus tard, j’aimerais d’abord trouver un travail en France pour avoir une expérience professionnelle à l’étranger. Quand j’aurai assez d’expériences, je rentrerai chez moi au Cambodge pour aider au développement de mon pays. A mon avis, rien n’est trop tard. La chose la plus importante est de nous orienter vers le bon chemin et il faut développer ses vraies compétences pour atteindre son objectif !

Borann devant la grande dame de fer parisienne
Borann devant la grande dame de fer parisienne

Le nouvel an khmer raconté par Borann

La traditionnelle course en sac du nouvel an khmer
La traditionnelle course en sac du nouvel an khmer
Pendant 3 jours, les khmers ne cessent leurs jeux traditionnels dans les rues !

Je n’ai pas pu fêter le nouvel an khmer depuis presque 3 ans. Cette année, à cause du Covid 19, on ne peut le célébrer ni au Cambodge ni en France.  En tant que cambodgien, je voudrais dire « រីករាយបុណ្យចូលឆ្នាំថ្មីប្រពៃណីជាតិខ្មែរ២០២១​ », « Bonne année, les khmers »,  » Happy Khmer New Year ». Je souhaite à tous les khmers plein de bonheur, de bonne santé et de bonne résolution 2021 ! Rien n’est stable et le covid19 sera bientôt disparu. Prenez soin de vous et vos proches !

Le nouvel an Khmer est une fête traditionnelle du nouvel an au Cambodge, en suivant le calendrier lunaire. Traditionnellement, on célèbre le nouvel an khmer mi-avril pendant 3 jours (13 ou 14, 15, 16) selon le calendrier Lunaire. Cette période correspond à la fin de la saison des récoltes, lorsque les agriculteurs profitent des fruits de leur travail avant que débute la saison des pluies.

Avant le Nouvel An khmer, les cambodgiens/Khmers préparent leurs maisons en nettoyant ou en repeignant les murs, en mettant de nouveaux rideaux, en remplaçant des anciens meubles. Les gens achètent des nouveaux vêtements. Ce sont plein de changements pour retirer les mauvaises ondes de l’année passée, et repartir sur une nouvelle et bonne année ! Pendant les trois jours du Nouvel An, des offrandes de « Bienvenue du nouvel an » sont préparées pour l’Ange (Tep Thida en khmer) sur la table placée devant la porte de la maison (on la décore avec des fleurs, des fruits, de l’eau, des boissons pour accueillir l’ange dans la maison). Le plus important est la nourriture : l’Ange en aura bien besoin pour prendre des forces afin de veiller sur la maison ! Au moment de la célébration, les khmers allument des bougies et brûlent des bâtons d’encens, priant l’Ange du Nouvel An pour y attirer la chance et le bonheur. 

Le premier jour du Nouvel An khmer (Moha Sangkran) : c’est la fin de l’année et le début d’une nouvelle. Ce jour-là, les cambodgiens s’habillent bien pour l’occasion et préparent des repas pour les parents ainsi que des repas à apporter à la pagode. Là-bas, ils prient le Bouddha pour avoir de la chance et du bonheur pour sa famille et ses proches. Selon les croyances, les cambodgiens se lavent avec de l’eau bénite leur visage le matin, leur poitrine l’après-midi et leurs pieds avant d’aller se coucher.

Le repas pour l'Ange
Le repas pour l’Ange

Le deuxième jour (Vireak Vonnabat) : les cambodgiens offrent des cadeaux aux parents et aux membres de leurs familles, ainsi qu’aux pauvres, aux personnes âgées, aux enfants…

Le troisième jour (Vireak Loeng Sak) : les cambodgiens baignent la statue de Bouddha et font des montagnes de sable à la pagode. Baigner la statue est une pratique symbolique pour essuyer « les mauvaises choses » commises l’année passée. A la maison, les enfants et les petits enfants baignent leurs parents et leurs grands-parents pour leurs prouver leur amour et leur reconnaissance !

Les petits-enfants prennent soin de leurs grands-parents à l'occasion du nouvel an khmer
Les petits-enfants lavent leurs grands-parents à l’occasion du nouvel an khmer

MERCI

Je remercie infiniment Enfants du Mékong qui remue ciel et terre pour nous aider à l’accéder à l’éducation. Grâce à eux, grâce à vous, j’ai pu avoir une bonne éducation qui me permet de surmonter tous les défis et challenges rencontrés sur mon chemin. Je tiens également à exprimer ma gratitude à mes parents, ma marraine et mes proches qui me soutiennent tous de près ou de loin. Merci EdM de m’avoir appris à savoir offrir et aider des gens qui ont besoin de notre soutien. «Tout ce qui n’est pas donné est perdu », disait le père Ceyrac ! »

Borann a tenu à rajouter ces mots : « La vie, c’est la persévérance.  Sois patient et ne baisse jamais les bras ! Vos efforts seront récompensés ! » Borann

 

Merci à toi, cher Borann, de nous avoir ouvert ton coeur. Bravo pour ton parcours si inspirant et pour cette force mentale qui nous épate. Nous croyons en toi !

Aude de Serrant
Aude de Serrant Chargée de pays Cambodge