Témoignage de Marion Isoard | Enfants du Mekong

Témoignage de Marion Isoard

Marion a été volontaire bambou aux Philippines en 2008-2010

Visite à Tagpalico

Dimanche 21 mars 2010

Je reviens tout juste de quatre jours à Tagpalico, ce petit coin de montagne à quatre heures de marche de la première route. Une cinquantaine de familles y vivent. Sur l’une des collines trône l'école primaire, construite il y a une dizaine d'années par un donateur étranger. Une quarantaine d'enfants y étaient scolarisés cette année : six niveaux scolaires sous la responsabilité de deux professeurs.

Au programme de ces quelques jours, la remise de diplôme des 6 enfants qui ont terminé le primaire, la visite des familles de sept filleuls et des enfants les plus motivés parmi les 6 diplômés pour aller au lycée au mois de juin. L'occasion aussi pour moi de me reposer, de profiter de ces journées hors du temps pour décompresser et passer du temps simple avec les enfants, se doucher avec les Sœurs dans un ruisseau, admirer un ciel étoilé comme j'en ai très rarement vu, ne pas couper au discours obligatoire, assister au sacrifice de 14 poulets, découvrir plein de nouveaux fruits, et puis me faire réveiller à 4h du matin par les Sœurs me chantant un "Joyeux anniversaire" !

Alors quatre jours, bien sûr c'était beaucoup trop court, j'aurais voulu rester là-bas beaucoup plus longtemps, pour continuer à apprendre la vie dans la montagne. Quand on débarque dans ces endroits reculés, on se rend très vite compte que l'on ne sait rien faire des choses simples ! Certes je sais être efficace, trouver des solutions à des problèmes complexes, rédiger de beaux rapports, gérer de l’argent, envoyer un mail, utiliser une carte bleue, et que sais-je encore... Mais je ne sais pas marcher correctement dans la boue, je ne sais pas porter un jerrican d'eau sur mon épaule, je ne sais pas manger avec les mains sans m'en mettre partout, je ne sais pas porter une poule, je ne sais pas me changer en public après avoir pris une douche habillée, je ne sais pas faire la vaisselle pour 10 personnes avec juste une petite bassine d'eau, je ne sais pas manger un poisson bourré d'arêtes, je ne connais pas mon hymne national par cœur, je suis obligée de boire de l'eau minérale et je déteste les cafards ! Et pourtant je me débrouille plutôt bien selon eux, déjà je parle visaya, et puis je marche bien en montagne, mange tout ce qu'ils mangent, dors sur le plancher sans problème... Mais quand même, y'a de quoi se sentir un peu maladroite parfois ! Alors la règle d'or c'est le mimétisme, tu regardes comment ils font pour chaque chose, et tu fais pareil, enfin du moins tu essayes !

Mais tout ca, c'est que du bonheur et des rires à n'en plus finir ! Je n'oublierai pas ces deux heures et demie de marche, pieds nus dans la terre, avec des religieuses en habit, des pères de filleuls portant des coqs de 3 kg à bout de bras pendant plus de 4 heures, ces rivières à traverser, ce grand-père de 80 ans qui grimpe sans broncher avec son sac en osier qui doit lui scier les épaules, ces petits gamins de 6 ou 7 ans qui font un bout de chemin avec nous juste pour le plaisir, et au milieu de tout ça « la blanche » qui se concentre pour ne pas s'étaler dans la boue ! Enfin bref, drôle de colonne qui quittait hier Tagpalico !