La pandémie de la Covid au Vietnam

Au 5 juin 2020, Le Vietnam semble avoir remporté le match contre la Covid19. Avec 328 confirmés et 0 mort sur son territoire, le Vietnam affiche des statistiques presque indécentes au vue des moyens financiers et technologiques de son système de santé, et ce malgré près de 1 300 kilomètres de frontière commune avec la Chine. Le gouvernement vietnamien semble avoir jusqu’ici réussi à maîtriser la propagation du virus sur son territoire. 

La réaction du Vietnam suite à la pandémie de la Covid19

La recette vietnamienne relève avant tout de l’anticipationLe gouvernement vietnamien a agi avec rapidité lorsque les premiers cas de Covid19 ont été signalés fin janvier sur son territoire. Un comité de gestion de crise a été mis en place pour coordonner un plan d’action sur l’ensemble du paysUne série de mesures a été le succès de la bataille du Vietnam contre le virus, mais quelles sont-elles ?  

Concrètement, la frontière terrestre avec la Chine a été fermée et les vols suspendus, dès le 1er février, une semaine après la découverte du premier cas de Covid19 dans le pays. Les écoles n’ont pas rouvert après les vacances du Nouvel an lunaire, fin janvier. En mars, il est allé plus loin et a suspendu l’entrée de tous les ressortissants étrangers, y compris les personnes d’origine vietnamienne et les membres de leur famille bénéficiant d’une exemption de visa. Le gouvernement a également ordonné que toute personne entrant dans le pays en provenance de l’étranger soit mise en quarantaine pendant 14 jours. Le port du masque a été rendu obligatoire pour les 95 millions d’habitants et, début avril, un confinement a été mis en place malgré le faible nombre de cas. Ainsi les frontières internes entre provinces se sont retrouvées fermées et seuls les bâtiments administratifs et les commerces de premières nécessités (pharmacie, supermarchés, etc) sont restés ouverts  

la rue Au Trieu à Hanoï, très prisée par les touristes, les boutiques sont ici fermées et la rue desertée
la rue Au Trieu à Hanoï, très prisée par les touristes, les boutiques sont ici fermées et la rue desertée

Les décisions du gouvernement vietnamien

De nombreux tests ont été réalisés dès lors qu'une personne présentait le moindre symptôme du Covid19, ou si elle fut en contact avec une personne présentant le Covid
De nombreux tests ont été réalisés dès lors qu’une personne présentait le moindre symptôme du Covid19, ou si elle fut en contact avec une personne présentant le Covid

À cela s’ajoute un traçage social efficace, sur la base d’entretiens, donc peu coûteux, facilité par l’omniprésence du Parti communiste dans toutes les couches de la société.  Le gouvernement n’a pas les moyens de tester massivement sa population comme dans d’autres pays plus développés, à la place, le comité de gestion de crise a privilégié une stratégie de ciblage, beaucoup plus pertinente. Une véritable traque s’est alors mise en place pour débusquer les personnes avec lesquelles elles avaient été en contact. A Hanoï, des membres du parti ou des sympathisants ont été recrutés pour cibler tout cas suspect. Ces troupes anti-Covid19 s’appuient sur les réseaux d’habitants utilisés depuis des décennies par le régime communiste pour relayer l’action du parti dans les quartiers. Ils se rendent dans chaque allée, et frappent à chaque porte d’entrée. Les autorités n’hésitent pas à faire passer des tests à l’hôpital aux personnes suspectes, notamment les étrangers.  

Pour chaque cas déclaré, les autorités mettent à l’isolement les personnes ayant été en contact direct ou indirect avec lui. Depuis le début de la crise, 80 000 personnes se sont retrouvées en quarantaine préventive, souvent dans des camps militaires ou des hôtels pour les plus chanceux. La commune de Son Loi, à 40 km d’HanoÏ, fut la première zone entièrement confinée et dont les 10 000 habitants se sont retrouvés dans l’obligation de rester chez eux. 

L'interdépendance du Vietnam

Reste la question de la fiabilité des chiffres dans cet état, à parti unique, qui pointe régulièrement en bas des classements en matière de respect de la liberté d’expression. Toutefois, bien que des rumeurs ; de morts suspectes dans des usines, circulent dans les villages que j’ai pu visiter, ces résultats sont jugés crédibles par l’OMS et plusieurs pays ont salué la transparence du gouvernement dans la lutte contre la Covid19 

La pandémie  -bien qu’en passe d’être totalement maîtrisée au Vietnam- affecte dramatiquement l’activité économiquglobale, conduisant les gouvernements à travers le monde à prendre des mesures sanitaires et économiques pour éviter un effondrement des sociétés. Le Vietnam qui est l’une des économies asiatiques les plus croissantes ces dernières années ne fait pas exceptionLa Covid19 a su révéler bon nombre de failles dans nos systèmes de santé, mais également dans le système économique mondial. Le Vietnam, bien que communiste, dépend largement des investissements étrangers, Chine et Corée du sud en tête. Cette interdépendance dans un marché globalisé a des effets pervers, et quand l’un des maillons devient défaillant, c’est tout un système qui est sur le point de s’effondrer. Depuis le confinement, ce sont 35 000 petites et moyennes entreprises qui ont fermé définitivement. A cela s’ajoutent les fermetures temporaires d’usines et les licenciements de masses entraînant une absence de revenu pour les foyers.  

 Mais derrière les chiffres de croissance en baisse, le nombre de fermetures d’usine et le plan de relancement de l’économie, il y a la réalité du terrain. Des familles entières, qui sans réelle protection sociale, souffrent de cette situation. Ce sont les travailleurs pauvres, les forces invisibles qui confectionnent des vêtements et des téléphones portables, mais aussi les agriculteurs et toutes les petites mains employées à la journée. Sans revenus, ils sont dans l’incapacité de s’acheter les biens de premières nécessités, dont le riz. 

Les affiches du Covid19 dans les rues du Vietnam
Les affiches du Covid19 dans les rues du Vietnam

Témoignage de Clément, volontaire Bambou au Vietnam

« Je logeais dans une collocation internationale qui se situait dans le district de Ba Dinh non loin de la fameuse Doi Can Street, un quartier traditionnel, avec ses marchés de rues bruyants, ses petites ruelles hautes en couleurs et ses temples bouddhistes cachésLa vie y était tumultueuse avant le passage du Covid19. Le matin était rythmé par les voix provenant du marché et par les tambours de l’école voisine. J’entends encore le son puissant et grave qui marquait le début et la fin des cours. Pourtant dès le mois de mars, toutes ses touches sonores se turent une à une. D’abord, ce fut l’école qui ferma ses portes. Le gouvernement vietnamien profita des vacances du Têt, le nouvel an lunaire, pour fermer les portes des écoles, collèges, lycées et universités à quelques 23 millions d’enfants et étudiants. Pour la très grande majorité des familles, 3 à 4 générations peuvent cohabiter sous le même toit. On comprend alors que l’école pourrait être un moyen de propagation du Covid19. Les enfants attrapant le virus et le donnant aux membres de leurs familles. Et ainsi de suite. La logique est implacable et les risques potentiellement terribles pour la population. Je me souviens, en écrivant ses lignes, de quelques discussions que j’ai pu avoir avec des médecins et du personnel soignant au Vietnam. Le manque de moyen et des infrastructures insuffisantes revenaient sans cesse. Le pays n’a pas la capacité opérationnelle de soigner ses 97 millions d’habitants. Ainsi, le gouvernement vietnamien a fait le choix de l’anticipation et du ciblage. Un choix qui a non seulement chamboulé ma mission, mais surtout la vie de la population. Dans les semaines qui suivirent, de nombreux lieux touristiques furent fermés afin d’éviter un risque de propagation. Une à une les mesures restrictives tombaientAprès l’école il fallait cibler les lieux de rencontres nocturnes et de divertissements.  

La population est rapidement tenue de respecter ce que nous appelons les gestes barrières. De nombreuses affiches sont placardées dans les lieux publiques et les bâtiments administratifs. Dans les villages, les hauts parleurs résonnent à heure fixe prodiguant conseils sanitaires et états de la situation dans le pays. Pour sensibiliser les plus jeunes la célèbre chanteuse de Vpop, Min, reprend un de ses tubes pour en faire la « covid song ». Elle sera rapidement reprise par les médias internationaux et même parfois un peu moquée sur BFMTV par quelques éditorialistes. Nous étions le 3 Mars 2020 et le France ne comptait alors que 4 morts pour 212 cas de Covid recensés. »

Chronologie du Covid19 au Vietnam
Chronologie du Covid19 au Vietnam
Cas suspectés 858 (au 25 mai 2020)  
Cas confirmés 328 (au 30 mai 2020)  
Cas soignés 298 (au 5 juin 2020)  
Morts 0 (au 5 juin 2020)  
Sibylle Laureau
Sibylle Laureau Chargée de pays Vietnam Contact