« Les écoles publiques sont censées être gratuites au Vietnam, mais chaque mois, il y a tout un tas de factures pour des frais supplémentaires », explique Nhi, responsable d’une association d’éducation à Hô Chi Minh-Ville, tout en étalant des factures de différentes écoles sur la table : frais supplémentaires obligatoires, uniformes, matériel scolaire… Autant de dépenses fixées par chaque établissement que les familles les plus modestes peinent à couvrir. « Parfois, la facture va bien au-delà. » Certaines écoles imposent des coûts pour l’électricité, l’eau potable, les encas lors des réunions parents-profs, l’intervention d’un professeur d’anglais étranger, ou encore des cours de « life skills » (compétences de vie). « Il faut aussi rajouter une belle somme si l’enfant va à la cantine », continue Nhi.
De fait, il existe une grande disparité de prix entre les écoles publiques en ville et à la campagne. Les familles qui migrent de la campagne à la ville (13,6 % des Vietnamiens ont changé de résidence entre 2010 et 2015, avec 36 % des migrations se faisant des zones rurales vers les zones urbaines) sont confrontées à davantage de difficultés. Non prioritaires dans les écoles proches de leur nouveau logement, les élèves doivent souvent entreprendre de longs trajets et manger à la cantine, ce qui en décourage plus d’un.
Chaque semestre, les dépenses scolaires s’élèvent en moyenne entre 1 et 3 millions de VND (entre 37 à 111 €), selon que l’école primaire se situe en milieu urbain ou rural. À cela s’ajoutent entre 200 000 et 600 000 VND (de 7 à 22 €) par mois pour les frais courants. Et pour les enfants vivant loin de l’école, le coût du déjeuner ajoute encore près de 800 000 VND (environ 30 €) mensuels. Le collège et le lycée publics sont plus chers, atteignant en ville 3 millions de VND (environ 111 €) par mois. Des frais importants qui ne sont pas optionnels, mais imposés par les établissements sans possibilité d’exemption. Les familles qui ne peuvent payer voient leurs enfants exclus, comme ce fut le cas de Thanh, 8 ans, qui vit dans une zone rurale du sud du pays. « Les professeurs ont littéralement refermé la porte de la classe devant la petite fille », explique tristement Nhi en expliquant que les parents, dans l’impossibilité de régler les frais du dernier semestre, ont été informés que Thanh n’était plus la bienvenue.
« Le problème, c’est que, bien souvent les professeurs sont sous-payés », constate Nhi. Le salaire moyen d’un instituteur est de 2 millions de VND à la campagne, soit environ 74 €, et 6 millions de VND en ville, soit environ 222 €. « Là où ils gagnent le plus, c’est avec ce qu’on appelle les extra class : des cours après les cours. Mais bien souvent, les professeurs font en sorte que les connaissances et exercices importants soient vus le soir, et non pendant la journée. »

Évidemment, les extra class sont payantes, et elles sont chères pour certaines familles (50 000 VND le cours en moyenne, soit environ 2 €). « C’est discriminatoire et le gouvernement a le projet de les interdire à partir de septembre 2025. » La décision gouvernementale ne rassure pas pour autant les parents d’élèves sans ressources. En effet, ces derniers craignent que, si les professeurs ne sont pas mieux payés, le système perdure sous une autre forme, peut-être plus couteuse encore : dans des centres externes, en ligne… De quoi faire du droit à l’éducation une promesse inaccessible.