Heng MonyChenda, un moine pour la paix

C’est avec HENG MONYCHENDA et son ONG Buddhism for Development qu’Enfants du Mékong a déployé son action au Cambodge. Cet homme, rescapé des Khmers rouges, passé par les camps de réfugiés et bardé de diplômes, a dédié sa vie à l’enfance pauvre de son pays. Portrait.

TEXTE : MATTHIEU DELAUNAY. PHOTOS MATTHIEU DELAUNAY ET TANGUY VUILLIER

Yves Meaudre, ancien directeur général d’Enfants du Mékong se souvient bien de cette rencontre. C’était sur la frontière thaïlandaise.

« Heng MonyChenda était officier dans l’armée du FLNPK [Front de libération nationale khmer, NDLR]. C’était en 1989, juste avant qu’il ne devienne moine. Il était l’un des responsables d’une des zones du camp de Site 2.

Dès nos premiers échanges, j’ai compris que, pour lui, cette guerre tournait en rond. » Quatre ans d’horreur sous les Khmers rouges, une dizaine d’années sous le joug des Vietnamiens, une guerre interne faite de mines qui exposaient énormément les populations civiles, MonyChenda, dès lors, décide de mettre en place une réflexion durable dans le but d’enseigner la sagesse et de faire du Cambodge un lieu de paix.

Bouddha BFD en pied
Bouddha Cambodge en pied dans cour de temple

PROMOUVOIR LA RÉCONCILIATION

L'équipe du Bouddhisme pour le Développement
MoneyChenda dans le centre Bouddhisme pour le Développement

« Notre coopération avec Enfants du Mékong n’a
réellement commencé qu’en 1992, au retour des camps. Je voulais que cette action soit ancrée dans ma ville natale, à Battambang. Il fallait d’abord faire attention aux familles, ce qui a été notre premier projet de développement. Nous avons ensuite monté une école confidentielle grâce à un programme de parrainage. Nous avons commencé avec cent enfants en provenance des quatre fac- tions au pouvoir à l’époque, car tous avaient le droit et le devoir de travailler à la reconstruction. Il fallait casser le climat de suspicion à l’école et promouvoir la réconciliation. »

C’est là le credo de MonyChenda : créer les conditions de la réconciliation pour favoriser le développement. Dans un pays martyrisé, où plus d’un tiers de la population a été exterminée, où chaque famille compte en son sein un bourreau ou une victime, l’avenir passe, d’abord, par la paix. […]

Après dix-sept années en tant que moine, MonyChenda retourne à la vie civile et fonde BFD.
« Le bouddhisme pour le développement ! C’est essentiel ! Je considère qu’il faut utiliser le bouddhisme et notre culture propre pour développer le pays. Tous les enfants que nous soutenons ne vont pas devenir intellectuels ou businessmen ou lire parfaitement, mais tous sauront comment être une belle personne et prendre soin de leur pays.»

Au sortir de la guerre, le niveau scolaire est tellement bas qu’il faut parfois mettre des enfants de 12 ans à la garderie pour qu’ils apprennent les bases du langage et de l’étude. Il y a aussi des cas de malnutrition entraînant de graves problèmes de développement physiologique et BFD se lance dans des programmes novateurs pour remédier à ces facteurs de sous-développement.

« Le parrainage ne changera pas le monde, mais chaque enfant parrainé verra son monde changer. »

Chaque année, en Aise du Sud-Est, plus de 23 000 enfants peuvent rejoindre les bancs de l’école grâce à nos parrains et marraines, et à nos équipes en Asie qui font un travail de suivi formidable.

En savoir plus sur le parrainage
Antoine Besson
Antoine Besson Rédacteur en chef du magazine Asie Reportages Contact