Father Patrick, un engagement sans faille pour le peuple birman

Father Patrick se fait la figure de nos responsables Birmans : ténacité à toute épreuve, persévérance de reconstruire encore et encore, espérance chevillée au corps.

Isaure et le P. Patrick à Pathein en Birmanie

Histoire d’une rencontre

L’Église en Birmanie a toujours eu un rôle social très important (éducation, aide aux plus pauvres, santé). Jusqu’au coup d’état, elle était l’intermédiaire entre le gouvernement et les minorités ethniques, que nous soutenons grâce au parrainage. Father Patrick est l’un de nos bénévoles locaux. Il s’occupe du suivi de 38 filleuls. Isaure, chargée de parrainage Birmanie, a rencontré cet homme extraordinaire à Pathein, en février dernier.

Texte : Isaure Clément

Father Patrick

« La joie de l’âme est dans l’action ». Father Patrick pourrait faire sienne cette devise empruntée à Shakespeare. En cela il se fait la figure de nos responsables Birmans qui partagent bien souvent avec lui les mêmes traits de caractère : ténacité à toute épreuve, persévérance de reconstruire encore et encore ce qui est méthodiquement détruit, espérance chevillée au corps.

A 50 ans, father Patrick est animé d’une énergie sans faille. Partout à la fois et entièrement dévoué à la paroisse de Pinle dont il est le curé depuis plus de vingt ans.

L’isolement dans lequel se trouve sa paroisse n’est peut-être pas étranger à la dévotion et l’acharnement qu’il met au service de ses paroissiens. Car Pinle se mérite ! Située sur une petite île à l’extrême sud de l’Irrawady division, il faut quatre heures de bateau pour s’y rendre depuis la ville de Laputta, sur la côte. Zone sur le chemin de Nargis en 2008, les sinistres causés par le violent cyclone restent un traumatisme après tant d’années.

Les habitants, essentiellement des pêcheurs, ont perdu tout ce qu’ils avaient et continuent de vivre dans ce souvenir. Ils ont gardé de cette épreuve un instinct d’entraide et de solidarité entre familles. Isolés, certes, mais pas indifférents au sort du reste du pays, ils ont suivi father Patrick dans son dernier projet : envoyer une partie du poisson séché qui nourrit les villageois aux réfugiés de la guerre civile dans l’Etat Shan.

Le bateau est le moyen de transport privilégié dans cette île de pêcheurs
Tous les étés, P. Patrick organise des « summer camps » pour les jeunes de la paroisse. Au programme : jeux, cours de chants et de musique, cours d’anglais, développement personnel, etc.

S’il voue à ses ouailles une grande affection, cela ne l’empêche pas pas d’être exigeant à leur égard.

« Les habitants de Pinle manquent d’initiative. Si je ne les secoue pas ils ne prennent pas de responsabilités. Comment en faire des meneurs d’hommes ?! ». Pour répondre à cette aspiration qui l’anime, une solution, l’éducation. Soucieux de bien former les jeunes il mise sur la qualité de l’enseignement pour motiver les enfants et fidéliser les familles qui parfois ne comprennent pas l’utilité d’aller à l’école. Il a pendant longtemps financé sur ses propres deniers les « tuitions », les cours privés indispensables pour pallier les lacunes du système mais que les plus pauvres ne peuvent pas s’offrir.

Des critiques, il en a aussi contre le système éducatif birman et son gouvernement actuel. Durant les manifestations qui ont suivi le coup d’état, il a mis en péril sa vie et sa sécurité en y participant, allant jusqu’à écrire des messages de soutien aux manifestants sur le toit de l’église.

« Je vais bien physiquement, je suis malade émotionnellement et spirituellement, je suis uni aux victimes de la guerre au Myanmar » écrivait-il dernièrement. Heureusement, father Patrick garde une joie d’enfant et un humour face aux situations les plus difficiles qui est en lui-même un acte d’espérance !

Isaure Clément
Isaure Clément Chargée de pays Birmanie