De la décharge à l’école
«Tous les enfants ont un rêve : devenir institutrice, médecin, mécanicien… mais pas vivre au milieu des déchets!»
Pour Kun Ray, le travailleur social de l’association Enfants du Mékong dans la région depuis plus de 5 ans, c’est une évidence. Responsable du programme de la déchetterie de Cintri à la sortie de la ville de Battambang, dans le nord-ouest du Cambodge, cet ancien filleul au regard franc entretient avec les familles qui vivent dans la décharge un lien constant. Elles sont une trentaine dans ce lieu insalubre. «Les conditions sont déplorables, témoigne Martin, volontaire Bambou en charge du programme. Leurs maisons sont faites avec quelques tôles assemblées à la hâte et des bâches en guise de murs. Leur jardin, c’est la déchetterie!» Les chiffonniers n’ont cependant pas le choix. Leur salaire misérable, à peine cinquante euros, ne leur permet pas de payer un autre logement. Toute la famille participe aux tâches de tri pour isoler des ordures ménagères le plastique, le verre et l’aluminium qui peuvent être recyclés et donc revendus.

LA MOITIÉ DES ENFANTS SCOLARISÉS
«Sur les 24 enfants de la déchetterie en âge d’être scolarisés, seulement 12 vont à l’école», détaille Kun Ray. L’école primaire est proche de la déchetterie. Mais dès le collège ou le lycée, les frais se multiplient : uniforme, manuels scolaires, mais aussi cours supplémentaires payants… «Certains sont contraints d’arrêter l’école à l’entrée au collège ou au lycée, car ils n’ont pas les moyens de payer un internat ou d’acheter un vélo pour s’y rendre», explique Martin. Une solution existe cependant pour aider ces enfants : le parrainage. Kun Ray en est d’autant plus convaincu qu’il est lui-même un ancien filleul d’Enfants du Mékong. En organisant les distributions et le suivi social des familles, il n’hésite pas à témoigner de sa propre histoire, «Au sein de la déchetterie, nous aidons aussi 10 familles qui ont des enfants en bas âge, pas encore scolarisés. Il y a tellement à faire.

COUP DE POUCE SALUTAIRE
Nous aimerions financer de manière régulière des kits d’hygiène et des produits alimentaires, mais aussi des couches et du lait infantile », conclut Martin après avoir détaillé l’amélioration significative du niveau de vie depuis la mise en place des parrainages. Surtout, la plupart des enfants scolarisés à la demi-journée, profitent également d’une « école de la vie » ouverte sur la décharge par les travailleurs sociaux. Les enfants entre 6 et 11 ans peuvent y prendre de vrais repas et y apprendre les règles de vie (l’hygiène, la relation à l’autre, la compréhension des émotions…), la confiance en soi, la créativité (art plastique, lecture de livres…) et aussi l’anglais. Des moments précieux et un coup de pouce salutaire pour ces enfants qui rêvent grand !
