Conflit Thaïlande – Cambodge : suivre l’évolution de la situation.
30 décembre : l’entrée en vigueur du cessez-le-feu permet un retour au calme
Le bruit des armes a fait place à l’accalmie. Le 27 décembre, après trois semaines de violents affrontements le long des 800km de frontière commune, le Cambodge et la Thaïlande sont parvenus à un accord de cessez-le-feu. Cet accord a été conçu en deux phases : une étape préliminaire de 72 heures, permettant l’arrêt des combats et ouvrant une période de transition ; puis la pleine mise en place du cessez-le-feu, le 30 décembre à midi. Une semaine après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le calme est revenu dans les zones frontalières.
Réouverture des centres
Ce retour à la normale permet à Enfants du Mékong de reprendre ses activités d’éducation. Depuis le début d’année 2026, les centres de Sisophon, Preah Vihear, Samrong et Banteay Chhmar accueillent à nouveau les filleuls. Du fait de leur proximité avec la frontière, ils avaient fermé dès les premiers jours du conflit. Les écoles publiques situées à côté des centres ont elles aussi rouvert leurs portes, permettant un retour des enfants dans les salles de classe.
Cette réouverture des centres a été décidée en accord avec les autorités locales. « Nous nous sommes assurés auprès des chefs de communes et de districts que la sécurité était garantie et que les écoles rouvraient, précise Martin Maindiaux, directeur Cambodge pour Enfants du Mékong. Les centres fonctionnent grâce aux employés locaux et les enfants ont pu reprendre les cours normalement. »
Pour l’heure, les volontaires bambous ne sont pas autorisés à retourner dans les centres Enfants du Mékong du nord du Cambodge. Ils sont tous situés dans une zone « fortement déconseillée » ou « déconseillée sauf raison impérative » par l’ambassade de France.
Les déplacés prennent le chemin du retour
Du côté des personnes déplacées, le retour à la normale semble aussi être au rendez-vous. Alors que plus de 500 000 personnes avaient fuit les zones de combat, plus de 100 000 déplacés ont repris la route vers leur lieu de vie ces derniers jours. Seules les familles vivant au plus près de la frontière ne prennent pas encore la route, craignant pour leur sécurité : des munitions non-explosées peuvent encore être présentes dans les localités au cœur des combats.
La trêve a notamment permis la libération de 18 soldats cambodgiens le 31 décembre, retenus prisonniers par la Thaïlande depuis juillet 2025, lors de la première phase de ce conflit. Leur retour au pays, qui constituait l’une des conditions de l’accord de cessez-le-feu entre Phnom Penh et Bangkok, a été vu comme un signe d’apaisement.

Cessez-le-feu fragile
Malheureusement, le cessez-le-feu est encore très fragile : la précédente trêve, actée fin juillet, n’a tenu que quatre mois. Car l’épineuse question du tracé de la frontière n’a toujours pas été réglée. Suite aux combats de décembre, la Thaïlande a barré l’accès à plusieurs villages cambodgiens, dont elle réclame la souveraineté, en installant des barbelés et des containers de transport maritime sur les routes. Ces obstacles sont parfois installés plusieurs centaines de mètres au-delà du tracé actuel de la frontière, ce que déplore Phnom Penh.
Les deux pays doivent se rencontrer fin janvier dans le cadre d’une réunion de la commission mixte frontalière pour reprendre les négociations sur le tracé de la frontière. Celles-ci étaient restées inachevées lors de la précédente trêve, de juillet à décembre.
Fidèle à ses valeurs de solidarité, Enfants du Mékong s’est mobilisé auprès des populations déplacées par le conflit. En trois semaines, plus de 1700 familles ont bénéficié de donations de nourriture et de matériel dans les camps de déplacés au nord de Sisophon. Dans les environs de Battambang, les volontaires bambou ont assuré des ateliers éducatifs et ludiques auprès des enfants. Les travailleurs sociaux d’Enfants du Mékong ont par ailleurs mené des missions de sensibilisation pour inciter les familles à emmener leurs enfants dans l’école la plus proche pour assurer la continuité éducative.
19 décembre : Enfants du Mékong s’engage auprès des déplacés du Cambodge
Douze jours après la reprise des hostilités, le conflit ne faiblit pas à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande. Ces derniers jours, les combats ont fait rage le long des monts Dangrek, qui séparent les deux pays, et les frappes thaïlandaises en territoire cambodgien se sont fait plus profondes, soutenues par l’utilisation d’avions de chasse et de drones. Jeudi, trois bombes ont été larguées à proximité de Sisophon, ville située à 50km de la frontière, où Enfants du Mékong dispose d’un centre. Ce-dernier a été évacué la semaine dernière.
Sur le terrain, la population civile paye le prix fort. Une vingtaine de victimes civiles sont à déplorer de part et d’autre de la frontière. Quant au nombre de déplacés, il ne cesse d’augmenter : selon les dernières estimations, près d’un million de personnes ont dû fuir les zones de combats.

donations de nourriture et matériel
Au Cambodge, où plus de 470 000 personnes ont fui leur domicile, Enfants du Mékong apporte une aide précieuse aux familles déplacées. Dès le 14 décembre, de premières donations de nourriture et de matériel ont permis de venir en aide à plus de 1700 familles, installées au nord de Sisophon, dans des camps de réfugiés ou des pagodes :
- Le 14 décembre, une distribution a permis de venir en aide à 400 familles, dans le village de Phnom Srok,
- Le 17 décembre, 667 familles ont été aidées dans le village de Phnom Leap,
- Le 18 décembre, 510 familles installées à Prey Sanghar, à l’est de Banteay Chhmar, ont reçu des kits de soutien,
- Le 19 décembre, 200 familles supplémentaires ont reçu des donations alimentaires à Thmar Bang.
D’autres donations sont prévues dans la région en début de semaine prochaine, si le contexte sécuritaire le permet.

ANIMATIONS POUR LES ENFANTS DÉPLACÉS
Au-delà de ce soutien logistique, piloté depuis le centre de Sisophon, les équipes de Battambang aident à l’éducation des plus jeunes. Au programme : animation, dessins et ateliers créatifs.
« Depuis mardi nous passons 3 à 4 heures dans les camps autour de la ville pour jouer avec les enfants, explique Gabrielle Delignières, responsable du foyer de jeunes de Battambang. Nous apportons des feutres, des coloriages, des ballons ou des rubans pour occuper les plus jeunes et les divertir de manière ludique. Nous donnons aussi des cahiers pour que les enfants en âge d’aller à l’école puissent y retourner : la plupart sont partis sans leur matériel scolaire, donc il faut leur fournir de quoi suivre les cours. »
Dans les zones de déplacements, l’accès à l’école a d’ailleurs été facilité, permettant aux parents d’inscrire les enfants à l’école la plus proche du camp. « Les travailleurs sociaux d’Enfants du Mékong font de la sensibilisation pour inciter les familles à poursuivre l’éducation de leurs enfants », ajoute la volontaire.

LES ANCIENS FILLEULS SE MOBILISENT
Ces donations permettent aussi de mesurer l’engagement des anciens filleuls d’Enfants du Mékong, qui se mobilisent d’eux-mêmes pour venir en aide à leurs compatriotes.
C’est par exemple le cas de Khemra, un entrepreneur de 32 ans originaire de Chouk Chey, à la frontière thaïlandaise, vivant aujourd’hui à Phnom Penh. Depuis la capitale, il collecte et distribue des vivres pour les habitants de sa région natale, victimes collatérales du conflit.
« Quand j’ai vu la reprise des hostilités, j’ai immédiatement voulu agir, raconte le jeune homme, rencontré dimanche au stade olympique de Phnom Penh. En juillet, le conflit était plus éloigné de mon village. Mais cette fois, c’est l’un des lieux au cœur des combats. Je récupère toute la nourriture que je peux, mais aussi du lait pour bébé, des couches, des vêtements … Il y a beaucoup d’enfants dans les camps, donc il faut penser à leurs besoins spécifiques. »
Sur le terrain, la situation continue de se détériorer : les frappes thaïlandaises en territoire cambodgien se sont multipliées ces derniers jours, principalement dans les provinces d’Oddar Meanchey et de Banteay Meanchey. Bien qu’elles visent en premier lieu des sites militaires ou des bâtiments suspectés d’abriter des munitions, elles créent des mouvements de panique auprès des populations. Lundi, une bombe thaïlandaise a ainsi explosé a seulement sept kilomètres d’un camp de déplacés à Srei Snam, dans la province de Siem Reap, provoquant l’exode de plusieurs milliers de familles.

12 décembre : Enfants du Mékong évacue les centres de Phreah Vihear et de Sisophon
Quatre jours après la reprise des hostilités, la Thaïlande frappe de plus en plus profondément en territoire cambodgien, jusqu’à 60 kilomètres au-delà de la frontière.
En Thaïlande, les filleuls de nos trois programmes situés dans les zones frontalières sont en lieu sûr : certains ont trouvé refuge dans des abris temporaires du gouvernement ou chez des proches ; d’autres ont quitté les provinces frontalières, se rapprochant de Pattaya et de Bangkok.

Au Cambodge, dès la reprise des hostilités le 8 décembre, les autorités du pays ont sommé tous les résidents des zones frontalières d’évacuer.
Face à cette détérioration rapide de la situation, Enfants du Mékong a décidé d’évacuer ses centres de Preah Vihear et de Sisophon, après avoir déjà fermé ceux de Banteay Chhmar et de Samrong :
- A Preah Vihear, les familles de filleuls viennent récupérer leurs enfants dès ce soir pour les emmener en retrait des zones de conflit. Les filleuls ne pouvant pas rejoindre leur famille seront transférés vendredi vers Siem Reap, où ils seront pris en charge par l’Église catholique de la ville.
- A Sisophon, la majorité des élèves a déjà quitté le centre et rejoint leur famille. Demain, une trentaine de lycéens et une vingtaine d’étudiants seront orientés vers le centre Enfants du Mékong de Battambang, 60 km plus au sud, où ils séjourneront jusqu’à la prochaine accalmie.
- Suivant les instructions du gouvernement, les familles de filleuls ont déjà quitté les zones dangereuses, garantissant la sécurité des enfants.
l'éducation reste notre priorité
Malgré les circonstances, l’éducation reste notre priorité : dans la mesure du possible, les filleuls suivront des cours dans l’école la plus proche de leur lieu d’habitation.
Pour ceux ne pouvant se rendre en classe, des cours en ligne préparés par Enfants du Mékong seront proposés dès le début de la semaine prochaine. Une recette qui a déjà fait ses preuves durant la pandémie de Covid-19 ! Au-delà de son engagement pour l’éducation, Enfants du Mékong se mobilise également pour fournir une aide en matériel et en nourriture aux personnes déplacées.
La situation sur le terrain évolue rapidement. Les équipes d’Enfants du Mékong restent donc vigilantes et à l’écoute des indications de nos partenaires et des autorités locales.

un ancien filleul se porte au secours
« Il y a un ancien filleul de Sisophon, Khemara, qui travaille au ministère de l’éducation à Phnom Penh, qui est venu avec un convoi de couvertures et d’eau, et qui m’a demandé de l’aider pour les distributions car en faisant partie d’Enfants du Mékong, on passe les barrages très facilement. »
« On a fait une grosse distribution dans un camp de déplacés entre Sisophon et Poipet. Il y avait 790 familles qui étaient là. Il y’avait beaucoup de personnes âgées, de personnes handicapées, de malades et de grands parents avec leurs petits-enfants. L’ambiance est paisible. Ils viennent du village le plus bombardé dans la province. Ceux qui ont le plus de moyens et des moyens de transports sont allés se réfugier plus loin. Ceux qui sont restés sont les plus pauvres, les plus vieux… C’est l’armée, la police, qui sont venus les chercher. »
⏤ Martin Maindiaux, directeur Enfants du Mékong au Cambodge
