« Ma maman, c’est la meilleure maman du monde ! Si seulement elle ne nous avait pas quitté… Son absence et celle de mon petit frère, mort à 3 ans, crée un trou dans la famille ». Voici les mots qu’écrit Rona dans sa première lettre à son parrain, que je découvre en l’aidant à la traduire. Les mots d’une enfant qui à 12 ans s’est retrouvée à porter le poids de sa famille en plus du fardeau de la tristesse. Sa lettre est magnifique. Ponctuée de dessins, elle raconte qu’elle s’est retrouvée attribuée le rôle d’aînée, car son grand frère accablé par le deuil est devenu mou, sans énergie, sans motivation. En rentrant de l’école, elle joue les maîtresses avec ses 3 petites sœurs et les aide à faire leurs devoirs, à la lueur d’une bougie, car il n’y a pas d’électricité chez eux. Les mots qu’elle pose à l’écrit me bouleversent. Le papier permet de dépasser le mur que dressent les philippins sur leur visage, ce sourire permanent qui cherche à cacher toute souffrance. Cette famille vit sur une petite île de pêcheurs, Molocaboc, et depuis le début c’est un véritable coup de cœur.
On entend et on voit tellement d’histoires de pères de familles scandaleux. Ils boivent, ils sont violents, ils partent, ils ne s’occupent pas de leurs enfants. Ici, ce sont les mamans qui portent tout. Dans cette famille, c’est tout l’inverse. Le papa justement est d’un touchant d’autant plus fort qu’il marque un contraste éclatant par rapport aux autres hommes de sa situation. Malgré toute la difficulté de leur situation, l’affection n’est jamais oubliée, et cela se voit. Le père vient accompagné de ses trois autres filles pour assister avec Rona au meeting du programme, et les 4 sont collées à lui, avec un sourire indécrochable. Un papa koala, avec une énergie de loup : pour subvenir aux besoins de ses enfants, il passe une douzaine d’heures par jour dans la mer. Il n’a pas de bateau, il pêche des coquillages et parfois quelques poissons au harpon. Ne voulant pas laisser ses filles seules à la maison la nuit, il délaisse ce moment pourtant plus propice à la pêche. Un quotidien épuisant, qui lui rapporte un revenu en dessous de 3 euros par jour. Pendant ce temps d’été, pas d’eau sur l’île, il faut l’acheter du continent, tout comme le riz et toute autre nourriture que les fruits de mer. L’intégralité de son revenu part donc dans le riz, qui vaut un euro le kilo, et l’eau, à 30 centimes le bidon de 20 litres. Avec le sourire.

C’est une de mes plus grandes fiertés de ma mission que d’avoir trouvé cette famille, en octobre dernier, en poussant pour visiter toujours plus de familles sur cette petite île. Le parrainage est un espoir, une petite lumière qui vient de s’allumer et qu’elle compte bien entretenir. Dans 10 ans, je le sais, cette petite Rona sera maîtresse d’école, et son père assistera à sa remise de diplôme, des larmes de fierté dans les yeux.