Témoignages de Bambous

Chaque Bambou d’Enfants du Mékong est parti pour plusieurs mois au service des enfants les plus vulnérables d’Asie du Sud-Est. Ils sont partis, le coeur grand ouvert, vivre une aventure humaine inédite. Témoignages.

Thu Siev E - Par Audrey Guilbaud

Un garçon dont la joie de vivre et la résilience dépassent celles de tous ceux que j’ai eu la chance de rencontrer. Dès mon arrivée, tout le monde louait déjà ce jeune homme qui, malgré les épreuves traversées, conservait un sourire à toute épreuve. Après quelques semaines ici, j’ai eu l’occasion de passer une nuit chez lui, et la réalité de sa situation m’a profondément marquée. Il n’avait presque rien. Sa famille reste, à ce jour, l’une des plus démunies que j’ai rencontrées. Il a perdu son père il y a plusieurs années, et sa mère fait de son mieux pour s’occuper seule de ses trois enfants. Ils avaient un toit, jusqu’à ce qu’une autre association cesse leur soutien. Depuis, ils vivent sous trois morceaux de tôle. Avant de commencer ses études supérieures, Siev E enchaînait les petits boulots jusque tard le soir. 

Je suis sincèrement fière qu’une telle pépite ait rejoint Enfants du Mékong. Il ne se passe pas un jour sans qu’il montre sa motivation à participer ou à aider les autres. Une telle énergie est rare, et je suis émerveillée chaque fois que je le vois. 

Sophon - Par Godelieve Russel

Tellement de rencontres marquantes ces deux années ! Alors j’ai choisi une photo de classe de filleuls extraordinaires qui, chaque jour désormais, prennent le chemin de l’école.  (photo réalisée par gregmophoto) et d’une enseignante : Sophon qui accompagne depuis près de dix ans des enfants en situation de handicap. Elle porte en elle le désir profond de les faire avancer et de les aider à avoir une place à l’école, dans leurs familles et leurs villages. Curieuse et engagée, Sophon m’a particulièrement touchée… Peut-être aussi parce que nous partageons le même métier ! 

Krisada - Par Justine Guilbaud

J’ai rencontré Krisada lors d’un long voyage dans la province de Tak, pour aller visiter les maisons de futurs filleuls. Pourtant, lorsque nous sommes arrivés dans le village, on m’a guidée face à un champ avec des débris.  

Orphelin et appartenant à l’ethnie minoritaire Karen, Krisada n’a plus que sa sœur, mariée et vivant à Chiang Mai. Ses parents sont décédés, sa maman d’une maladie du cœur et son père d’une allergie. Avec les croyances Karens animistes, la maison familiale a été brûlée pour aider les défunts dans leur voyage spirituel. Krisada dort donc au dortoir de l’école et pendant les vacances, il est recueilli dans un temple par les moines. 

Pour moi, Krisada représente la résilience à un si jeune âge. A chacune de nos rencontres, je vois qu’il est heureux que je le reconnaisse et nous essayons de communiquer malgré la barrière de la langue.  

Summer camp 2025 à Ormoc, un été sous le signe de la convivialité

Des rires, un esprit d’équipe au rendez vous avec l’ambiance familiale d’Enfants du Mékong, quel défi de préparer les jeux et les activités pour les filleuls des différents programmes. Cela était une après-midi riche en sourires et pleines de camaraderie avec les filleuls avec les différents jeux pour favoriser l’esprit d’équipe !

Gee Ann et Rowen-Jun - Par Marie-May Pauget

Gee Ann (la fille) : 

Elle est magnifique, douce et elle danse comme une reine. Voilà la première impression qu’elle m’avait faite. Elle est perdue, écrasée par les remords et les responsabilités, elle le cache comme une reine, et elle rêve de devenir psychologue parce qu’elle veut que les autres ne souffrent pas autant qu’elle. Voilà mon opinion d’elle après avoir ouvert la boîte de Pandore. Les Philippins sont pleins de contradictions et d’une grande résilience. 

De toutes les histoires qu’ils ont bien voulu me raconter, c’est toujours l’abandon qui les a le plus blessé. Au-delà des moyens, c’est un sens à leur vie qui leur manque. Les adultes se délestent du poids qui les affligent depuis leur enfance pour le déposer sur les épaules de leurs enfants, qui reproduisent le schéma à l’infini. L’histoire est écrite à l’envers. Certains décident de survivre avec cette histoire, d’autres décident de la réécrire. Ceux-là sont résilients. Gee Ann est de ceux-là.  

 

Rowen-Jun (le garçon) : 

L’histoire avait mal commencée entre nous. Ma colère inhérente se confrontait sans cesse à ce que je prenais pour du dédain ou de la nonchalance chez lui. Son impuissance se confrontait sans cesse aux rêves qu’il s’était créé. Il faut dire que la situation n’était pas banale. J’ai rencontré plus de jeunes perdus, vivant au jour le jour, que de jeunes conquérants, ambitieux, et déterminés. Je pense que la différence c’est la passion.  

Rowen-Jun regarde tous les jours sa famille s’autodétruire dans le fléau de la drogue. Il dort dehors. Il subit les décisions arbitraires d’un gouvernement irresponsable. Il se nourrit de la générosité des autres. Il se fait voler par son frère. Mais il ne quitte jamais le boitier défoncé de sa trompette. Il rêve de devenir musicien. Il apprend le solfège aux vieux de l’orchestre. Il va intégrer une prestigieuse école de musique dans l’une des plus grandes mégalopoles du monde. Il quittera son enfer et changera l’histoire de sa famille. Et maintenant j’ai compris, j’ai confiance en lui. Et j’espère qu’il a compris que moi j’avais foi en lui.  

Rona - Par Vianney d'Aboville

« Ma maman, c’est la meilleure maman du monde ! Si seulement elle ne nous avait pas quitté… Son absence et celle de mon petit frère, mort à 3 ans, crée un trou dans la famille ». Voici les mots qu’écrit Rona dans sa première lettre à son parrain, que je découvre en l’aidant à la traduire. Les mots d’une enfant qui à 12 ans s’est retrouvée à porter le poids de sa famille en plus du fardeau de la tristesse. Sa lettre est magnifique. Ponctuée de dessins, elle raconte qu’elle s’est retrouvée attribuée le rôle d’aînée, car son grand frère accablé par le deuil est devenu mou, sans énergie, sans motivation. En rentrant de l’école, elle joue les maîtresses avec ses 3 petites sœurs et les aide à faire leurs devoirs, à la lueur d’une bougie, car il n’y a pas d’électricité chez eux. Les mots qu’elle pose à l’écrit me bouleversent. Le papier permet de dépasser le mur que dressent les philippins sur leur visage, ce sourire permanent qui cherche à cacher toute souffrance. Cette famille vit sur une petite île de pêcheurs, Molocaboc, et depuis le début c’est un véritable coup de cœur. 

On entend et on voit tellement d’histoires de pères de familles scandaleux. Ils boivent, ils sont violents, ils partent, ils ne s’occupent pas de leurs enfants. Ici, ce sont les mamans qui portent tout. Dans cette famille, c’est tout l’inverse. Le papa justement est d’un touchant d’autant plus fort qu’il marque un contraste éclatant par rapport aux autres hommes de sa situation. Malgré toute la difficulté de leur situation, l’affection n’est jamais oubliée, et cela se voit. Le père vient accompagné de ses trois autres filles pour assister avec Rona au meeting du programme, et les 4 sont collées à lui, avec un sourire indécrochable. Un papa koala, avec une énergie de loup : pour subvenir aux besoins de ses enfants, il passe une douzaine d’heures par jour dans la mer. Il n’a pas de bateau, il pêche des coquillages et parfois quelques poissons au harpon. Ne voulant pas laisser ses filles seules à la maison la nuit, il délaisse ce moment pourtant plus propice à la pêche. Un quotidien épuisant, qui lui rapporte un revenu en dessous de 3 euros par jour. Pendant ce temps d’été, pas d’eau sur l’île, il faut l’acheter du continent, tout comme le riz et toute autre nourriture que les fruits de mer. L’intégralité de son revenu part donc dans le riz, qui vaut un euro le kilo, et l’eau, à 30 centimes le bidon de 20 litres. Avec le sourire. 

C’est une de mes plus grandes fiertés de ma mission que d’avoir trouvé cette famille, en octobre dernier, en poussant pour visiter toujours plus de familles sur cette petite île. Le parrainage est un espoir, une petite lumière qui vient de s’allumer et qu’elle compte bien entretenir. Dans 10 ans, je le sais, cette petite Rona sera maîtresse d’école, et son père assistera à sa remise de diplôme, des larmes de fierté dans les yeux.  

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Antoine Besson
Antoine Besson Rédacteur en chef du magazine Asie Reportages Contact