Soutenir Santo Niño, un refuge pour les enfants des rues
Enfants du Mékong, en collaboration avec la SNAF, a lancé un projet de centre d’études pour les enfants des rues de Cebu.
Au sud-ouest de l’île de Luçon, aux Philippines, une petite communauté aeta vit au cœur de la forêt, près de la municipalité de Bagac. C’est là que Babylyn Gavino, jeune femme au parcours exemplaire, est née et a grandi, au cœur de son peuple discriminé. Habitée par l’urgence de changer les choses, pour sa famille et sa communauté, elle a choisi de devenir sage-femme et s’est découverte de l’étoffe des héros. Rencontre nocturne.
TEXTE ET PHOTOS : ANTOINE BESSON
Alors que la voiture prend de la hauteur dans les montagnes de la province de Bataan, les quelques rayons de soleil couchant embrasent de reflets mordorés les eaux calmes de la baie de Subic. Autrefois, une base navale américaine occupait les lieux. Aujourd’hui, les usines sont les seules véritables maîtresses des eaux et y déversent leurs déchets sans trop d’égard pour les règles sanitaires et écologiques. Tournant le dos aux flots et à la ligne d’horizon dégagée, le moteur s’enfonce dans une nature débordante. Les lumières rasantes du couchant découpent les palmes et les bambous en de grandes ombres animées qui fuient à l’approche de la lumière des phares. Clément Waquet, directeur de l’action d’Enfants du Mékong aux Philippines, se lance en pleine nuit à l’assaut des montagnes. Sa destination : le petit village de Sitio Matalangao, un peu plus au Nord, près de la ville de Bagac. La raison de son voyage : une rencontre pas comme les autres.
À notre arrivée dans son village, la nuit est définitivement tombée, mais Babylyn Gavino attend devant la maison de ses parents. À 25 ans, la jeune fille ne mesure que 1,47 mètre, mais se trouve plutôt grande comparée à ses 8 frères et sœurs.
Le visage rond, la peau sombre, les cheveux crépus et le nez légèrement épaté, elle nous accueille avec un grand sourire. Babylyn ne ressemble en rien à l’image stéréotypée de la jeune fille philippine et pour cause : elle appartient à l’un des 182 groupes ethnolinguistiques de l’archipel. L’un des plus emblématiques parmi les peuples autochtones : les Aeta. « Notre peuple est l’un des plus anciens habitants de l’île », explique la jeune fille dans un anglais fluide.
Certaines théories scientifiques font en effet remonter l’arrivée des ancêtres des Aeta dans l’archipel à plus de 30 000 ans, lorsque le niveau des mers était beaucoup plus bas qu’aujourd’hui et que les îles étaient reliées au continent asiatique.
«Lorsque j’étais enfant, j’allais à l’école de Bagac. Les autres enfants me traitaient de kulot salot», se souvient Babylyn sans se départir de son sourire. L’insulte signifie en tagalog «peste bouclée» et illustre bien les discriminations dont souffrent encore aujourd’hui les communautés aeta, de moins en moins nombreuses. Passant la main dans ses cheveux avec coquetterie, la jeune femme ajoute malicieuse : «Quelques années plus tard, j’ai gagné le concours de beauté de la municipalité : j’étais deuxième dauphine », souligne-t-elle avec un air de revanche. La cruauté des cours d’école reflète malheureusement parfois la cruauté du monde des adultes. Les discriminations perdurent encore aujourd’hui et sont à l’origine d’une forme de ghettoïsation de la population indigène qui préfère vivre parmi les siens, retirée dans les villages d’altitude, loin des villes. « La plupart des Aeta vivent dans des villages comme celui-ci : les habitations sont très simples, les familles nombreuses et l’activité économique est essentiellement agricole et très précaire », explique Clément Waquet . Raison pour laquelle la rencontre avec Babylyn était importante, car la jeune fille détonne dans ce paysage.
«Je suis diplômée de l’école de sage-femme et j’exerce désormais dans une unité rurale de soin comme fonctionnaire du ministère de la Santé », explique fièrement la jeune fille installée dans la cuisine de ses parents, raclant du bout de sa chaussure le sol en terre battue. Le chemin a été long et non sans difficultés pour l’enfant qui subissait les injures de ses camarades à l’école primaire, mais l’on sent poindre dans la voix posée et le rire communicatif de Babylyn toute sa détermination. «J’avais six ans quand j’ai commencé à être parrainée. À l’époque j’étais encore en maternelle et je ne savais ni lire ni écrire », se raconte volontiers la jeune femme. Une époque où le maigre revenu de ses parents (une dizaine de sacs de riz deux fois dans l’année) suffit à peine à nourrir les 9 enfants de la famille. « Mes quatre sœurs sont aujourd’hui femmes au foyer. Elles ont des enfants et ont arrêté l’école plus tôt que moi. Moi, j’avais un rêve depuis toute petite, je voulais devenir infirmière pour soigner les Aeta », explique Babylyn devenue sage-femme (des études moins chères qu’infirmière) pour justifier son parcours exceptionnel.
« J’avais 6 ans quand j’ai commencé à être parrainée. Je ne savais ni lire ni écrire. »

Le parrainage permet de financer la scolarité d’un enfant et de lui permettre d’accéder au métier de ses rêves. Soutenez l’éducation aux Philippines !
Il faut dire qu’à force d’exclusion et de discrimination, les communautés aeta se sont repliées sur elles-mêmes. « Guidés par la peur, ils se révèlent souvent timides et mal à l’aise dans des milieux où ils ne sont pas exclusivement entre eux. Cela les conduit à vivre reclus, à abandonner tôt l’école et à faire très peu d’étude », témoigne l’un des volontaires Bambous qui a rencontré Babylyn et suivi son programme. C’est la même peur qui empêche souvent les Aeta d’aller à l’hôpital pour se faire soigner. Un scandale que la jeune Babylyn ne peut accepter, elle qui a perdu une petite sœur d’une attaque cardiaque dans sa jeunesse. Est-ce ce souvenir douloureux qui l’a motivée durant tout son parcours, malgré l’heure de marche quotidienne pour aller à l’école et en revenir, quand tous ses cousins abandonnaient les uns après les autres ?


Est-ce le soutien de sa marraine Nathalie, qui l’a convaincue de s’accrocher malgré la solitude qui lui faisait monter les larmes aux yeux dans son foyer, loin des siens ? Pudique sur ce point, Babylyn n’en dira rien. Elle commente seulement avec une pointe d’émotion : «À chaque fois que je recevais mon parrainage, je remerciais Dieu et je fonçais à l’épicerie pour acheter de quoi préparer un repas pour la famille. Je crois que ma marraine m’a réellement aidée à devenir une meilleure personne, surtout dans ma situation ».
Attablés à côté de Baylyn, ses parents hochent la tête sans comprendre les mots que prononce leur fille. La jeune femme les couve du regard. La bénédiction est aussi une responsabilité pour elle : «Je suis la seule de ma famille à avoir été aidée pour aller à l’école et finir mes études. Du coup, je suis la seule diplômée. C’est ma responsabilité d’aider ma famille et ma communauté », affirme la sage-femme encore vêtue de sa blouse. Elle fait le décompte de sa nombreuse famille à soutenir : «Il y a mes 9 neveux et nièces et mon frère qui a repris des études de criminologie pour entrer dans la police ».
L’exemple de sa sœur diplômée, à la vie épanouie, n’est peut-être pas pour rien dans ce choix. «Le matin je me lève tôt et je rentre tard le soir, mais je suis heureuse, car j’aime ce que je fais. À chaque fois que je mets au monde un enfant, j’ai le sentiment d’être une héroïne parce que, ces jours-là, je sauve deux vies!»
Pour cacher son émotion, un rire secoue le petit corps de Babylyn et, bientôt, c’est toute la table qui rit de bon cœur avec elle, ses parents, sa plus jeune sœur… Ces éclats de joie au cœur de la nuit, dans cet appentis de bois et de tôles qui leur sert de cuisine, sont comme des feux d’artifice. Ils colorent le paysage et rendent l’ensemble plus beau, plus harmonieux et plus éclatant. Là, dans la chaleur du foyer de ses parents, Babylyn continue de rêver grand : «Je voudrais continuer à travailler pour économiser de l’argent et offrir à mes parents une plus grande maison. Je voudrais aussi voyager.» Et où irait-elle si elle devait, demain, prendre l’avion? La réponse ne se fait pas attendre : «En France, pour rencontrer ma marraine et la remercier.» Alors que la voiture reprend la route vers le littoral, la frêle silhouette de Babylyn, main tendue, disparaît dans les ombres de la nuit. Pourtant son sourire reste bien présent, telle une lueur d’espoir. L’espoir, c’est peut-être ça, l’étoffe des véritables héros…
Les Philippines doivent faire face à un creusement de l’écart entre les riches et les pauvres, à un exode rural de masse vers les grandes mégapoles (Manille, Cébu…) ainsi qu’à un chômage de masse, le plus élevé de la région. Grâce au parrainage, notre association Enfants du Mékong aide aussi bien les enfants des rues et des bidonvilles que ceux qui vivent dans des régions rurales et reculées. De nombreux partenariats sont noués sur place avec des ONG philippines et françaises, des communautés religieuses et des laïcs.
Enfants du Mékong, en collaboration avec la SNAF, a lancé un projet de centre d’études pour les enfants des rues de Cebu.
Le programme de parrainage de San Pedro, dans les montagnes d’Iriga aux Philippines, soutient des enfants Aetas issus de familles très pauvres afin qu’ils puissent poursuivre leur scolarité. Encadrés par un enseignant local engagé, ils reçoivent une aide concrète pour les frais de transport, d’uniformes et d’école.
Le programme Bulacan Angat, lancé en 2016, accompagne les jeunes provenant de familles très pauvres à Bulacan, une région périphérique de Quezon City. Face à l’extrême pauvreté, Enfants du Mékong, en partenariat avec MEFAMDEV, offre un soutien financier et pédagogique aux jeunes afin de leur permettre de poursuivre leur éducation et d’échapper ainsi à la misère.
Le programme Halfway Home for Boys, soutenu par Enfants du Mékong, offre un refuge stable, éducatif et bienveillant à des garçons philippins victimes de violences, d’abandon ou de grande pauvreté. Sous la direction de M. Eric Pinmangen, ce centre assure un accompagnement global vers la résilience, grâce à un personnel engagé et au soutien flexible de parrains solidaires.
Magsaysay est une commune perchée dans les montagnes, à une heure de la ville la plus proche : Talibon. Votre parrainage permet de couvrir l’ensemble des besoins scolaires des filleuls.
Parmi les enfants abandonnés dans les rues de Manille, certains ont un handicap mental qui les rend encore plus vulnérables. La majorité d’entre eux est tout simplement parquée dans des prisons pour enfants sans aucune structure de suivi qui leur soit adaptée.