Une journée dans un foyer aux Philippines
Par Charlotte Layous le lundi 10 novembre 2008, 14:09 - Lien permanent
Un foyer, en France, ça fait un peu peur. On pense jeunes paumés, délinquance, Rémi sans famille, murs gris… Quelques images glanées dans les médias ou dans les récits de nos copains moins chanceux alimentent cet imaginaire un peu effrayant. Mais je voudrais vous rassurer : un foyer qui accueille des jeunes n’est pas forcément l’enfer sur terre.

D’abord , il y a les foyers gérés par Enfants du Mékong en France, dont vous pouvez trouver une présentation ici, sur le site internet. Aux sourires qu’on croise quand on y passe, on voit bien qu’il fait plutôt bon y vivre.
Et puis, il y a ceux dispersés aux 3 coins de l’Asie, un au Cambodge et deux aux Philippines. Là-bas, au milieu des palmiers et de 20 étudiants super bronzés, j’ai pris conscience qu’un foyer, c’était avant tout un lieu où l’on partageait. Le quotidien, les joies et les peines qui vont forcément avec, des rires, des chansons… Un lieu où l’on donne et où l’on reçoit. Quoi donc, vous allez me dire ? De l’amour, pardi !
(J’en profite pour dissiper un éventuel malentendu. Non, les volontaires Bambous ne sont pas tous de gentils allumés au sourire béat qui se déguisent en peluche Disney le weekend. Enthousiastes oui, mais pas gnan-gnan).
Pour vous le prouver, allons faire un tour dans le quotidien d’un foyer d’adolescents aux Philippines. Déjà, le côté positif, c’est que les cocotiers ont remplacé les platanes et que vous avez troqué vos chaussures de ville pour des tongs en plastique, le costume cravate pour un vieux tshirt si confortable. Vous êtes moche, mais heureux. Ca aide à afficher ce grand sourire qui vous va bien. Et heure par heure, ça donne ça.
Réveillé(e) à 5h du matin par les coqs qui se prennent pour la Castafiore et les chiens qui leur répondent, vous rouspétez dans votre lit et tentez en vain de vous rendormir. Malheureusement, les chers étudiants qui partagent votre maison ne sont pas de cet avis. Eux font preuve d’une énergie surprenante dès le matin ; il semblerait même qu’ils soient nés dans un bol de Frostries et que le tigre rugit toujours en eux… Du coup, dès 5h30, ils font leur lessive. En chantant, et sous vos fenêtres, cela va de soi. De guerre las(se), vous finissez donc par vous lever. C’est bien. Vous n’êtes pas venus jusqu’ici pour ne rien faire, non plus.
C’est l’heure du petit-déjeuner. Au menu : riz et poisson séché, avec un peu de sauce soja pour arroser le tout. Que demande le peuple ? C’est un festin. Là, pourtant, vous avez beau vous répéter que c’est dans le don de soi que l’on se retrouve et s’épanouit, vous versez une petite larme en pensant à votre traditionnel café-croissant-beurre qui vous manque tant.
Ensuite, vos 20 ados partent à tour de rôle à l'école, et vous dites au revoir à tous ces nouveaux enfants qui sont devenus les vôtres en quelques semaines – la vie est bizarre, parfois.
Certains reviennent dans la journée, pour vous raconter leurs problèmes, les tuiles du moment. Elles peuvent être de différent ordre. Peines de cœur ; problèmes financiers ; mauvaises notes...
Une adolescente apeurée viendra vous expliquer qu’elle est enceinte ; que son copain qui vit à 3 heures d’ici fait comme s’il ne l’avait jamais connue, le bougre ; que son père est très très fâché, qu’il ne veut plus lui parler, tellement déçu à l’idée que l’unique espoir de la famille s’éteigne et avec lui tous leurs rêves. On le comprend. Il est fatigué, son papa. Ca fait des années qu’il conduit un tricycle de guingois, 12 heures par jour sur cette moto de malheur, et ça ne suffit même pas à payer les études de ses cinq bambins…
Vous, vous ferez de votre mieux, sûrement pas toujours bien d’ailleurs, face à toute cette misère qui vous saute à la figure et que vous ne soupçonniez même pas. Vous écouterez la fille, puis le père, tenterez de mettre le petit ami face à ses responsabilités. Vous chercherez des solutions miracles que vous ne trouverez pas, et appellerez les bonnes âmes d’Asnières pour tenter de faire émerger d’autres solutions possibles ensemble…
Les moustiques commencent à siffloter autour de vous. C’est la fin d’après-midi, et les jeunes sont de retour. Simplecio attrape une guitare, Melody fredonne…Des airs tellement mièvres qu’à côté, les textes de Céline Dion ressemblent à des traités constitutionnels. Rien de tel pour oublier vos soucis de la journée.
Après un dîner composé de riz et de poisson frit, c’est "study hour" pour tout le monde. Nos filleuls sont appliqués, conscients de la chance qui leur a été donnée, et vous soumettent de temps à autre des questions de maths ou d'informatique auxquelles vous ne comprenez pas grand'chose... A 22 heures, vous envoyez les étudiants rejoindre les bras de Morphée. Une journée se termine et de nouvelles aventures vous attendent demain. Pas d’angoisse, les cocotiers sont là qui veillent sur vous, juste sous vos fenêtres…
Par Charlotte Layous Dit Chicoy
Responsable du foyer Enfants du Mékong de Butuan, aux Philippines pour l'année 2007-2008

