Parce que « la perception que les gens ont de la Chine est très embryonnaire, proche de celle du nouveau-né, limité au sein de sa mère », Xinran a voulu rencontrer ceux qui ont fait la Chine d’aujourd’hui. Entre villes et campagnes, elle s’est assise dans des maisons de thé, dans des cabanes branlantes ou des hôtels ultramodernes et, très simplement, elle s’est contentée d’écouter ce qu’avaient à dire les représentants d’une génération qui ne s’était jamais exprimée auparavant.
À ces victimes d’un système inique à l’absurdité maintes fois démontrée, à ces artisans, à ces pionniers de la recherche pétrolière chinoise, à ces policiers, à ces chauffeurs de taxi ou à ce survivant de la Longue Marche, elle a demandé ce que furent leur vie, leurs joies et leurs espoirs. « Je veux savoir comment votre génération vivait dans sa vie quotidienne, ces gens qui ont consacré leur vie à la patrie, obéissant au Parti au doigt et à l’œil, » dit-elle à l’un d’entre eux.
Merveilleuse de didactisme et obsédée par l’idée de comprendre et de faire comprendre, elle dresse le portrait d’un pays énigmatique qui « tout au long des cent dernières années (aura) hésité entre affirmation et déni de soi ». Au cœur de ce livre, l’idée de transmission paraît donc un puissant moteur qui exprime tour à tour les espoirs et les amertumes d’une génération qui voit celle qu’elle a engendrée la juger avec une sévérité parfois injustifiée. « Leur loyauté était stupide », « Ils étaient à la fois ignares et naïfs », disent ainsi les jeunes chinois de leurs parents et de leurs grands-parents... Ces ignares, ces naïfs, forment pourtant la toile d’une comédie humaine magistrale qui n’a rien à envier à la fiction.
Pour résumer, si Mémoire de Chine est une histoire – celle d’un pays, celle de ceux qui l’ont fait – elle s’écrit en lettres capitales et se lit comme un roman. Qu’on pardonne alors ce truisme, mais Xinran en démontre la logique avec un tel brio qu’il serait regrettable de l’écarter : la Chine est un roman… un roman passionnant, à découvrir au plus vite.
Mémoire de Chine
Xinran
Éd. Philippe Picquier, 668 p., 23,50 €

















